L’aéronautique manque de candidats

RECRUTEMENT DANS L’INDUSTRIE

L’aéronautique manque de candidats

Le secteur aéronautique doit augmenter sa cadence de production. Pour cela, il recherche, avec difficulté, des cadres et surtout des non-cadres chaudronniers, soudeurs, ajusteurs, drapeurs, techniciens moteur…

Avec 84 Rafales vendus et 6 938 commandes d’Airbus en cours, en 2015, l’aéronautique est sur un nuage. Airbus a un carnet de commandes de presque 7000 appareils et Dassault va devoir livrer  90 rafales pour l’Inde, l’Égypte et le Qatar.. Sur le pont. les syndicats de Thales et Safran prévoient, avec les Rafales, 2000 embauches pour leurs entreprises et leurs sous-traitants. Airbus, a du travail pour 10 ans. Le Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), (309 membres) table sur 8 000 recrutements cette année. 31 % d’ouvriers (compagnons), 43 % de cadres et ingénieurs, 26 % d’Etam (employés, techniciens, agents de maîtrise). Certes, en 2014 il y a eu 10 000 recrutements, mais le secteur a du mal à recruter. Et particulièrement les Etam et ouvriers.

« 2 000 postes restés vacants »

En 2014, environ 2 000 postes d’ouvriers qualifiés sont restés vacants par manque de formation », a souligné Marwan Lahoud, président du Gifas « Certains métiers en production connaissent de vives tensions. » précise le directeur des affaires sociales et de la formation au sein de la fédération professionnelle, Mr Bresson. Les jeunes candidats se font rares alors que les compagnons et techniciens partent à la retraite et ceci est essentiellement dû à une méconnaissance des métiers. Ces métiers comme “chaudronnier”, “usineur”, et “forgeron” sont perçus comme désuets.
Pourtant, ces emplois sont de qualité. Par exemple, le chaudronnier, prend connaissance des plans d’ouvrage et choisit ses outillages, trace les divers éléments à usiner. Le plus souvent, il se servira de machines automatisées et après fabrication, il réalise l’assemblage provisoire via la soudure, corrige les défauts et réalise l’assemblage final. L’ajusteur-monteur joue au Lego et assure la cohérence d’un ensemble de pièces : écrous, molettes, couvercles, structures et fuselages. Il lime, perce, rectifie, assemble les pièces et contrôle le fonctionnement par des tests et d’essais. On est à la recherche de drapeur, soudeur, câbleur, peintres avec un bac pro ou un CAP.

« Chef d’atelier, technicien qualité
et maintenance »

Il n’y a pas que les compagnons qui sont difficiles à trouver. « Depuis près de 5 ans, nous recevons un nombre important et régulier de demandes pour des postes de chef d’atelier, de technicien qualité et maintenance », avance Emmanuel Arribat, senior manager de la division Industrie Hays-Toulouse. Pour y prétendre, il faut un Bac +2 et avoir effectué son apprentissage dans le secteur. Dans le secteur, on est vigilant. Ces métiers sont techniques, il faut une base solide. « Ils nécessitent une agilité et dextérité manuelle, une maîtrise des différents outils et machines ainsi qu’une connaissance de l’anglais (les plans et documents sont rédigés en anglais) », explique Marc Jouenne, DRH d’Airbus en France. Le groupe puise dans son lycée (120 diplômés par an) et vivier interne en favorisant les mobilités pour répondre aux besoins. Après 18 000 embauches au cours de ces 6 dernières années, le groupe mise surtout sur la mobilité interne pour 2015 et peu sur des candidatures externes. Mais le DRH est cependant plus inquiet pour ses partenaires, équipementiers et sous-traitants et leur capacité à attirer suffisamment de candidats. D’où la mise en place d’action comme l’apprentissage partagé.
Pour les Bac +5-ingénieurs, le recrutement est un peu moins problématique. « Les employeurs recherchent surtout des spécialistes de la recherche et développement, précise Timothée Gaignault, manager exécutif au sein de la division Ingénieur chez le recruteur Michael Page. Et s’ils sont sous-spécialisés en matériaux composites ou en électronique embarquée, avec 3-4 ans d’expérience, ils trouveront encore plus facilement du travail pour concevoir, développer de nouveaux produits ou développer les process et mettre en place les techniques pour ensuite produire ces nouveaux produits. » Mais il existe aussi des tensions, car le secteur recherche des profils alliant des compétences très pointues et de l’expérience. Ces candidats sont rares.

Convaincre le public sur les opportunités à saisir

Enfin il y a le problème de la mobilité. « La difficulté de recrutement se pose soit pour certains sous-traitants installés dans des bassins peu dynamiques, soit dans certains bassins comme à Toulouse ou à Nantes où le secteur est très présent et la demande forte », explique Laurent Couppechoux, responsable de la communication du CFA des métiers aériens. Il faut convaincre les candidats de déménager. Il l’a déjà fait en engageant, grâce à un complément de formation, la mobilité d’ex-salariés de l’automobile de la région parisienne vers les sites aéronautiques toulousains. Avec le secteur automobile qui repart, ces candidats seront moins nombreux. Alors catalogues et visuels à la main, Laurent Couppechoux repart faire la tournée des lycées et des centres de Pôle emploi pour convaincre le public sur les opportunités à saisir.